Mabi Diaspora

Kribi

« C’est sur la côte du Came­roun à coté de la mer.

Les kri­biens parlent mabi.

Il faut savoir qu’au Came­roun, il y a 260 langues dif­fé­rentes, ce qui veut dire aus­si 260 eth­nies.

A Kri­bi, il y a la mer.

Et aux alen­tours de la mer, il y a beau­coup de pécheurs qui vont pécher sans savoir nager. Par­fois, ils rentrent les barques rem­plies de pois­sons. Par­fois, ils ne rentrent pas et l’on ne récu­père pas leurs corps. Des vil­la­geois se sont mis à pen­ser que si des pécheurs ne reve­naient pas, c’est qu’ils avaient été man­gés par des sirènes et que ces sirènes devaient vrai­ment être très belles pour atti­rer le pécheur aus­si loin en mer. Et l’on savait bien que les kri­biennes étaient belles !

C’est ain­si, qu’une his­toire est née.

Ces sirènes étaient for­cé­ment des sor­cières.

Des mami­wa­tas.

Sirènes parce qu’elles sont belles et sor­cières parce qu’elles dévorent les hommes.

Ain­si, les femmes nais­sant sur la côte, les kri­biennes donc, étaient ou avaient du sang de mami­wa­tas ».

En mabi « mami­wa­tas » se dit « guiong » au sin­gu­lier et « maguiong » au plu­riel.

his­toire illus­trée sur les mami­wa­tas

Mabi Dia­spo­ra Ini­tia­tives est une asso­cia­tion fran­çaise dont le but est de pro­mou­voir et de réa­li­ser des ini­tia­tives de soli­da­ri­té dans les domaines socio-éco­no­miques et cultu­rels sus­cep­tibles de concou­rir au déve­lop­pe­ment du bien-être des peuples de la région côtière du Sud Came­roun. 

Ses membres, des ressortissants/ rési­dents de France, Bel­gique et de Suisse sont appa­ren­tés à l’eth­nie Mabi du Sud-Est du Came­roun ou en sont des amis. Ils disent : « C’est la pro­vince du Sud et le dépar­te­ment de l’O­céan ».

Les Mabi ont un héri­tage cultu­rel très riche.

Issus d’une tra­di­tion orale très forte, ils se trans­mettent par des conseils d’an­ciens, des contes et des légendes leur rites et leurs tra­di­tions.

« Mabi » signi­fie dans la langue d’antan « pêche mira­cu­leuse »

Bi = arrê­ter, attra­per, faire une prise.

Les Mabi forment un groupe eth­nique ban­tou. Ils sont comme la plu­part des Ban­tous (grand groupe Kwa­shio) des­cen­dus du haut Nil, par­tis d’Égypte à cause de la déser­ti­fi­ca­tion, des guerres et du déclin de l’Égypte. A la recherche d’un espace vital et pai­sible, ils migre­ront mas­si­ve­ment d’a­bord vers la savane puis la forêt avant d’atteindre la côte de l’océan atlan­tique. Beau­coup d’entre eux espé­raient atteindre le « lieu où la terre s’achève », consi­dé­ré comme mythique. Ils vivent de l’agriculture, de la pêche, de la chasse et du petit com­merce. Ils coha­bitent avec les Bogyié­li, les Batan­ga, les Iyas­sa, les Fangs ain­si qu’avec des peuples qui ont migré dans le centre-ville de Kri­bi.

25 000 per­sonnes parlent mabi. C’est une langue à ton : le ton haut, le ton bas, le ton moyen. Un même mot, selon le ton avec lequel il est employé vou­dra dire 3 choses dif­fé­rentes. Cette langue trans­met les valeurs, les rites, les us, les cou­tumes, l’éducation et les pra­tiques sociales. Elle est por­teuse de tout ce qui consti­tue la culture.

Le 8 octobre 2022, l’as­so­cia­tion Mabi Dia­spo­ra Ini­tia­tives m’in­vi­tait à l’oc­ca­sion de leur fête annuelle pour que j’y expose.

Mais je sou­hai­tais rendre hom­mage à cette eth­nie en par­ti­tion­nant pour la pre­mière fois leur hymne tra­di­tion­nel uni­que­ment chan­té. Après un peu de tra­vail, Marc Des­roches se lais­sait embar­qué par l’a­ven­ture : il sau­tait dans son van, char­gé de mes tableaux et de nos deux saxo­phones. Nous répé­tions sur la route, chan­tant à tue tête ce chant dont les sono­ri­tés nous entrai­naient.

J’é­tais fière de pou­voir offrir ce cadeau aux membres de cette eth­nie dont je fais par­tie éga­le­ment par ma mère.

L’é­mo­tion était forte lorsque nous nous sommes mis à jouer sur la scène der­rière eux.

Et quelle sur­prise de rece­voir ensuite des remer­cie­ments par les réseaux sociaux de per­sonnes que nous ne connais­sions pas, qui vivaient à 6823 km du lieu où l’on avait joué !

Lais­ser des traces c’est aus­si ça.

Peut être qu’un jour, ce chant sera réper­to­rié quelque part, avec lui, tous les chants tra­di­tion­nels des eth­nies du Came­roun. Et peut être qu’un jour, les des­cen­dants de ces peuples pour­ront les jouer à leur tour, parce que main­te­nant, il en existe une par­ti­tion.


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